Territorialisation, organigramme et gestion de projets

Synthèse de l’atelier assurée par Joëlle Pinard, directrice de la Médiathèque départementale de la Drôme

Intervenants

Mélanie Villenet-Hamel, directrice de la Direction du livre et de la lecture de l’Hérault

Didier Guilbaud, directeur de la direction du livre et de la lecture de la Touraine (Indre-et-Loir)

 

Il y a eu deux versions de ce compte rendu : celle d’avant minuit qui devait durer cinq minutes et celle d’après minuit qui devait durer un quart d’heure. La version d’avant minuit, c’est la rengaine des BDP. Quel que soit le sujet abordé par les BDP, le débat est le même et le résultat conforme, avec pour couplet « on se connaît, on fait tous la même chose, on n’a pas la même histoire – et l’histoire compte beaucoup dans les BDP –, nos territoires ne se ressemblent pas » et pour refrain « on est incomparables et il n’y a pas de modèles ».

Après minuit, il a fallu tout de même traiter la question à travers les deux exemples de l’Hérault et de l’Indre-et-Loire. L’Hérault avec ces 4 grands projets territoriaux, déjà anciens et bâtis sur une volonté politique forte, sur laquelle la BDP s’est calée pour découper l’espace départemental en 10 territoires de lecture, suivis par des référents de territoire qui ont la responsabilité de leur développement. Une territorialisation de la desserte et du suivi, avec un organigramme qui ne représente pas le territoire mais des services. L’Indre-et-Loire, avec une territorialisation plus récente, 4 grands territoires dirigés par des responsables de territoires et redivisés en 22 secteurs, suivis par des animateurs de réseau. Ce schéma a été bâti par la Direction de la lecture, à la suite d’un audit qui a permis de clarifier la relation BDP/ communes et de refonder l’organisation interne.

Point de départ clairement annoncé : la territorialisation avec des agents responsables mais territorialisation ne signifie pas obligatoirement présence physique de la BDP sur le territoire avec un bâtiment ou une logistique.

En effet, l’Hérault n’envisage pas malgré les agences techniques et culturelles établies physiquement sur le territoire d’y installer des médiathèques proprement départementales. Pourquoi ? Parce que le projet de Pierrevives, dans le quartier de la Paillade, sur le canton du Président du conseil général, se veut un acte fort du Conseil général : un bâtiment construit par un architecte de renom qui regroupe les archives, le sport, la BDP. À part, le maintien de l’îlot identitaire biterrois, qui a déjà une annexe, le travail sur le territoire se fera, si ce n’est à partir du centre géographique, tout du moins depuis le centre politique. À l’inverse, l’Indre-et-Loire délocalise ses services et installe ses bases à Loches et à Chinon, des pôles déjà anciens, et, sur le site de Tours, Touraine Est et Touraine Ouest, volontairement symbolisées par l’occupation d’un étage différent. La délocalisation va même jusqu’à contractualiser avec des BM associées pour que la BDP ait un bureau, un ordinateur une connexion internet dans les locaux de la bibliothèque municipale qui, elle, reçoit les documents de la BDP, assure leur prêt en même temps que celui de ses propres documents. On a donc un territoire à desservir, on le découpe, on nomme des responsables, on s’y installe, mais pas forcément physiquement.

La démarche "projet" :

L’affaire se complique avec l’introduction de la démarche « projet ». Il s’agit en fait pour la BDP de participer aux politiques départementales et de s’impliquer dans les actions relevant de la compétence départementale (publics spécifiques, petite enfance, collègues, personnes handicapées, sportifs).

L’Hérault s’inscrit clairement dans cette démarche en partenariat direct avec les services du département (l’APA, la Maison des handicaps, les agences sociales, les CDI). Les projets sont préparés en commun, les publics sont bipartites : une conférence, par exemple, sur la petite enfance réservera autant de place aux agents de la PMI, aux assistantes maternelles qu’aux bibliothécaires. Pour ce faire, il faut des médiateurs, spécialistes de ces publics. L’Indre-et-Loire a également un volet « développement de projets », notamment Petite enfance et Personnes âgées, avec la mise en place de groupes de travail sur les différents publics mais l’organisation est différente : c’est à travers des groupes de travail et des formations actions que se développe ces objectifs.

On remarque donc 2 logiques :

- une logique de territoire qui consiste à intervenir sur l’ensemble des publics,

- une logique « projet » qui consiste plutôt à intervenir sur des publics spécifiques.

Ce qui réunit tout cela et redonne de la transversalité, c’est incontestablement la COLLECTION.

La lecture des organigrammes :

La lecture des organigrammes proprement dits éclaire un peu ce point de vue.

L’Hérault a défini un organigramme par pôles thématiques (par missions, par services) :
- une directrice du livre et de la lecture, soutenue par une secrétaire et une comptable,
- une directrice adjointe, par ailleurs responsable de l’annexe, également soutenue par une secrétaire,

3 grands pôles :
- un service ressources documentaires avec des acquéreurs et le service équipement,

- un service médiation, chargé des publics spécifiques et expert en la matière,

- un service coordination du réseau qui s’occupe du diagnostic, des indicateurs, de l’évaluation, des statistiques et des réservations. C’est alors que la brouille commence ! Tous les référents de territoire devraient être dans le pôle coordination mais il y a des exceptions ; il n’y a pas que les personnes qui sont en ressources documentaires qui acquièrent mais aussi ceux qui sont dans les autres pôles et elles peuvent être aussi bien à l’annexe qu’à la centrale.

En Indre-et-Loire, l’organigramme est clairement territorialisé :

- un directeur, chargé du portage politique, institutionnel et des relations avec les élus et les collectivités,
- une directrice adjointe, chargé des services centraux (comptabilité, informatique, accueil, formation, personnel et politique documentaire),
- 4 cadres responsables de territoires (cadre A),
- 22 animateurs de réseau (18 cadres B + les 4 responsables de territoires qui font aussi de l’animation de réseau). Chaque animateur de réseau à un secteur documentaire en responsabilité d’acquisitions : il est donc aussi acquéreur et conseiller sur l’ensemble de son réseau. Au bout du compte, on constate :

- dans l’Hérault, au départ, une polyvalence revendiquée (des référents de territoires étaient aussi responsables de projets), mais cette logique a du être abandonnée pour des raisons de surcharge de travail et le principe de réalité a conduit à la spécialisation. Cependant, cette organisation développe un risque de clivage entre 2 styles de BDP : la BDP de la desserte, plus ou moins traditionnelle, et la BDP des projets. La seule zone de croisement est la collection ;

- dans l’Indre-et-Loire, la polyvalence due à la territorialisation reste affirmée et c’est par le biais de chartes de collections, de plans de développement de ressources documentaires que les principes généraux communs s’expriment. Des fiches de postes et des procédures précises permettent de faire circuler l’information et de rendre opérante la délégation. La transversalité se retrouve dans les grands projets pour les publics.

Comment ces 2 BDP voient-elles l’avenir ? Plus de territorialisation dans l’Indre-et-Loire, avec de futures bibliothèques associées Plus de projets transversaux dans l’Hérault, avec la mission confiée au bâtiment de Pierrevives, à la fois sur le quartier et en ressources départementales affectées à l’ensemble du département (fonds de références pour les CDI, formation, tourisme international).

Voilà, reformulées dans leurs grandes lignes la teneur des présentations faites dans cet atelier. Le débat a porté essentiellement sur la description de certaines actions, par exemple :

- la conduite de la construction d’une bibliothèque,

- les risques de frustration du directeur de ne plus être au fait de tout,

- les difficultés de management rencontrées,

- les craintes du personnel face aux changements et son inquiétude de n’avoir pas les compétences nécessaires pour les nouvelles missions,

- les formations nécessaires.

Nous avons même évoqué la disparition du cadre C, la disparition du cadre B, l’externalisation des services d’équipements, de catalogue, d’acquisitions, le mélange des filières.

Conclusion :

La conclusion de l’atelier pourrait être la suivante :

A partir de 3 profils (les bibliothécaires acquéreurs, les bibliothécaires médiateurs et les bibliothécaires développeurs de bibliothèque), auxquels ou peut ajouter le bibliothécaire gestionnaire et manager, les organigrammes peuvent s’inscrire dans l’une ou l’autre logique, celle du territoire ou celle du pôle thématique de services. Ce qui compte, c’est le service que l’on doit rendre au public, à notre public, celui des bibliothécaires volontaires et salariés du réseau, celui du public direct du territoire et le public spécifique des compétences départementales. Lorsqu’un agent a un descriptif de poste clair, des procédures précises, une formation adaptée, un accompagnement de l’encadrement, lorsqu’il est lui-même acteur de la formation auprès de ses publics, quand il s’expose à son public, alors il se crédibilise, valorise ses compétences et les résistances au changement tombent. Ainsi, même si nous n’avons pas tous la même histoire, l’invariant intangible reste la bonne définition du service à rendre au public.

Que l’organigramme soit territorialisé ou non, le bibliothécaire est polyvalent et spécialiste, touche-à-tout et expert, homme orchestre et soliste et, territorial, il reste.