l’avenir des BDP, étude qualitative

par Stéphane Wahnich, SCP communications, pour l’ADF

 

Cette étude, réalisée par SCP Communication, a fait l’objet d’une trentaine d’interrogations longues auprès de directeurs ou de conservateurs de BDP, choisis de manière aléatoire, pour la plupart, et, pour quelques uns, en raison de leurs avancées technologiques afin d’avoir une analyse prospective de la situation.

Nous avons dégagé 3 types de BDP.

- Les BDP traditionnelles, avec d’abord des bibliobus, de la desserte, du prêt de livres, un peu de CD et parfois des fonds récents de DVD. Le rapport aux nouvelles technologies est très éloigné : pas de sites Internet, pas de catalogues en ligne et encore moins de sites interactifs entre la BDP et le public ou avec les bibliothèques du réseau. Ces BDP, situées souvent dans des départements très ruraux, sont minoritaires dans notre échantillon.

- Les BDP de type intermédiaire : les nouvelles technologies y sont entrées relativement en force, le bibliobus existe encore mais cette desserte est de plus en plus délaissée au profit d’annexes et d’échanges avec les bibliothécaires. Le rapport aux nouvelles technologies se fait d’abord par une bonne collection de CD, un peu de DVD et un catalogue en ligne via Internet. Elles sont majoritaires dans l’échantillon.

- Les BDP de type moderne : elles ont une véritable avance et une réflexion sur ce que pourraient devenir les nouvelles technologies, sur la manière dont elles peuvent conduire à changer le métier (suppression du bibliobus, développement d’annexes et d’interactions avec les bibliothèques municipales et rapport de complémentarité avec l’intercommunalité en terme d’activités, d’animation du territoire, de créations de portails et de développement numérique).

Les BDP ne sont absolument pas toutes au même stade et ceci pour différentes raisons :

- le territoire : un département est fait d’une histoire et d’une géographie qui impacte les besoins et les mentalités ;
- la volonté des élus : lorsqu’un président de Conseil général a envie de développer des nouvelles technologies, les BDP répondent présent. Lorsqu’il y a ni volonté politique ni budget, les BDP ne sont souvent pas très actives en la matière.

Nous sommes donc dans une logique où il est nécessaire de repenser le rôle des BDP.

Dans le domaine du numérique, il y a, au sein des BDP et pour un certain nombre d’entre vous, une réflexion très avancée sur les portails. L’enjeu en matière d’aménagement du territoire est la création d’un portail Internet par le biais d’un catalogue départemental unique rassemblant toutes les collections des bibliothèques, permettant la commande de livres et l’accès à une documentation utilitaire par le biais de liens Internet.

Nous avons cependant rencontré plusieurs problèmes à travers les discours des personnes interrogées. Ces portails ne sont pas compris comme allant être en concurrence avec le monde entier. C’est comme si un monopole existait sur Internet qui conduirait un habitant d’un département à aller automatiquement sur le portail de son département. Or, cela ne sera absolument pas un réflexe automatique sauf si le département a assuré préalablement une véritable communication à partir de ce portail.

Une réflexion sur le rapport au public est indispensable. On relève deux attitudes sur ce sujet.

- Une attitude majoritaire, plutôt alarmante, qui considère que les portails ou les documents de la BDP ne doivent pas être ouverts au grand public. Comme si l’Internet se limitait à être un outil de travail pour les bibliothécaires et bénévoles mais non un outil au service du grand public, les BDP n’ayant pas vocation à s’ouvrir directement à celui-ci pour l’accès aux collections. Avec Internet, l’accès aux collections sera généralisé. Le rapport au public devra donc être complètement repensé pour savoir quel partage les BDP doivent effectuer entre, d’une part, leur rôle traditionnel d’aide aux bibliothèques municipales au nom de l’aménagement du territoire et de la culture pour tous et, d’autre part, la concurrence mondialisée via Internet pour la captation de documents en ligne. Pour que ces portails en ligne deviennent une centralité de captation culturelle locale, il faut avoir un rapport au public plus important qu’aujourd’hui.

- La notion d’aménagement du territoire reste parfois encore ambiguë : monsieur X qui habite dans une commune de 70 habitants peut facilement avoir le monde entier chez lui s’il a la chance d’avoir l’ADSL. À quoi pourra alors servir une bibliothèque municipale ou une BDP ? Une logique de facilité de services, de repérage et de conseils doit se développer si on veut que cette personne aille plutôt vers la BDP de son département que vers le monde entier. Le rôle du bibliothécaire est de constituer une collection et de la valoriser ce qu’Internet permet de faire. Il est amené à opérer une présélection utile pour guider le choix du public qui lui accorde toute sa confiance. À quoi pourra servir le conservateur d’une BDP si ce rôle de présélection n’existe pas ? Le danger consisterait à réduire la bibliothèque à un seul lieu de dépôt qui répondrait aux commandes en ligne par l’envoi postal des ouvrages. L’idée est plutôt de faire de la bibliothèque, grande ou petite, un lieu d’animation, d’échanges, de rencontres, de conseils vis-à-vis de la culture, dans son acceptation la plus large. Un partage est à établir entre ce qui doit être donné en ligne, ce qui doit être livré ou non à domicile et ce qui doit être apporté à la bibliothèque. Une réflexion doit être menée sur ces questions par les BDP car si elles ne le font pas, personne d’autres ne le fera. Nous pourrions alors nous retrouver avec des collections de petites bibliothèques municipales, ou au mieux intercommunales, face à une concurrence importante de captation de documents en ligne au fur et à mesure de la numérisation de documents par le biais de Google ou d’autres.

L’étude met en avant plusieurs types de partage.

- Le partage documents utiles/documents de loisirs. Les documents de loisirs sont les romans, les livres d’art, les ludothèques (les jouets ne se numérisent pas) mais aussi les œuvres d’art.

- Le partage sociabilité/consommation : la distinction entre une information nécessaire rapidement et la découverte de livres d’art ou de romans méconnus, le conseil de la bibliothèque, les discussions que l’on peut avoir. Une étude pour le compte de la BDP de l’Ardèche montre qu’une des fonctions des petites bibliothèques municipales ou associatives dans le département n’est pas la captation de la collection, c’est d’abord, et avant tout, la rencontre et l’échange.

Nous avons trois enjeux pour les BDP de demain :

- Internet, bien sûr, mais ce n’est pas l’enjeu le plus important car tout le monde s’y mettra tôt ou tard,

- l’aménagement du territoire et la vie dans les villages : les BDP sont et seront encore un acteur important de l’attractivité de « nos campagnes »,

- l’intercommunalité pourrait conduire à la suppression des BDP : certains d’entre vous ont d’ailleurs affirmé qu’« une bonne BDP est une BDP qui meurt ». Je pense que les BDP continueront à être présentes non plus pour exercer le premier métier qui était celui de la constitution de collections mais pour des métiers d’animation, de conseils, de mises en réseau… Un rôle important reste à définir pour qu’aucune des petites communes de France ne soit délaissée.