La territorialisation en BDP, où en est-on ?

 

Intervenants

Annie Dourlent, directrice de la Bibliothèque départementale d’Ille-et-Vilaine

Didier Guilbaud, directeur de la Direction du livre et de la lecture de Touraine (Indre-et-Loire)

Amandine Jacquet-Triboulet, Bibliothèque départementale d’Eure-et-Loir

Modération de la rencontre assurée par Dominique Lahary, directeur de la Bibliothèque départementale du Val d’Oise

 

 

Dominique Lahary

En ouverture de cette table ronde, je passe la parole à Didier Guilbaud pour présenter les résultats d’une enquête adressée aux BDP au début de l’été pour préparer ces journées d’étude et repérer les bibliothèques ayant adopté une démarche de territorialisation.

Didier Guilbaud

Cette enquête n’a pas un caractère scientifique et ne permet pas de restituer des pourcentages significatifs sur l’ensemble des BDP à partir des seules 43 réponses obtenues (ce qui reste toutefois un score très honorable). Sur ces 43 réponses, 25 BDP affirment avoir une démarche de territorialisation. En excluant la BDP de la Drôme qui a entamé une démarche de cette nature depuis 1982, on constate que celle-ci s’affirme dans les BDP depuis 10 ans et plus particulièrement depuis 2004.

Une interrogation est posée dès le départ : lorsqu’on parle de territorialisation ne parle-t-on pas, déjà ou encore, de sectorisation ? Les annexes construites sur le territoire, avant même la décentralisation, est-ce de la territorialisation ou de la sectorisation ?

La démarche de territorialisation est-elle une démarche volontaire de la BDP ou une démarche impulsée par le Conseil général ? D’après les réponses obtenues, elle serait plutôt impulsée par les BDP « mais rejoint la politique du Conseil général » . Cette démarche de sectorisation/territorialisation est construite depuis plusieurs années, dans les BDP qui l’évoquent, sur la base de différents secteurs en rejoignant la démarche du Conseil général dans le domaine social et des routes. Une démarche, plus récente, se traduit par une impulsion des conseils généraux, à la suite d’études ou d’audit, pour transposer ce qui se fait dans le social dans le domaine culturel, et en particulier dans les BDP. Cette impulsion peut aussi être donnée en partie par le Conseil général et en partie par la BDP, avec parfois des conventions État/Conseil général ou des conventions Communauté de communes/Conseil général, depuis 1982 et 1985.

Quelle est la géographie de la territorialisation ? On constate un redécoupage du territoire, souvent calqué sur les communautés de communes, avec parfois pour objectif la création de bibliothèques de proximité, médiathèques ouvertes ou lieux décentralisés fermés au public, mais avec des missions plus larges que celles des précédentes annexes de BDP. On assiste, de manière significative, à l’émergence d’un service d’action territoriale au sein de la BDP sans que celui-ci ait nécessairement une position hiérarchique mais plutôt un rôle de coordination. Il peut s’agir d’un service à part entière ou dépendant d’un autre service (animation, formation, ressources documentaires). La gestion du territoire par la BDP induit la nécessité de la création de postes nouveaux et une répartition du territoire entre les bibliothécaires et les pays ou communautés de communes. Les bibliothécaires sont qualifiés de « référents territoriaux », en lien dans l’organigramme avec la direction et les responsables administratifs.

En ce qui concerne l’organisation de la BDP, on note plutôt une gestion centrale pour ce qui ressort des techniques administratives et logistiques et une gestion déconcentrée, voire décentralisée, pour l’action territoriale : la BDP 66, par exemple, va créer à terme 10 bibliothèques communautaires qui deviendront des « maisons de service public ». D’autres appellations sont également indiquées par les répondants : « bibliothèques tête de réseau », « points d’appui », « bibliothèques municipales associées ».

Quelles sont les actions mises en valeur par cette territorialisation ? Globalement, ce sont surtout le suivi et le conseil qui sont clairement affichés dans le rôle qu’occupent les référents réseau ou référents bibliothèque sur le territoire. Il s’agit du suivi de l’état des bibliothèques (collections, inventaire, désherbage), des échanges (tournées de bibliobus ou sur place, réservations, recherches bibliographiques, expositions) et des conseils dans le domaine de l’animation, de la bibliothéconomie, de l’incitation à la formation et des relations avec les élus locaux. Cela peut se traduire, le cas échéant, par des réunions de secteurs pilotés par les référents. Pour la desserte, on note l’abandon progressif du bibliobus, la suppression du prêt direct au profit d’un accueil sur place dans les lieux décentralisés et un assouplissement des échanges.

Globalement, sauf exception, on ne note pas de modification de la résidence administrative du personnel ou de modification administrative partielle lorsqu’il y a création d’antennes ou décentralisation de l’activité dans le cadre de la coopération avec les communes. Seulement deux ou trois cas de rattachement direct du personnel au territoire concerné sont envisagés.

Les organigrammes soulignent l’importance des catégories B qui, de par leur rôle de référent, sont les plus concernées par la territorialisation. On assiste aussi à l’arrivée de responsables par secteur pour les têtes de réseau ou antennes décentralisées.

Dans l’enquête, on distingue une opposition entre les arguments en faveur d’une organisation fonctionnelle et ceux en faveur d’une organisation territoriale. En faveur d’une organisation fonctionnelle : la structure actuelle des emplois qui semblerait « incompatible avec la territorialisation », l’unité d’action de la BDP (la territorialisation laisse craindre la disparité entre les territoires), et globalement un sentiment d’absence de maturité de la territorialisation dans les conseils généraux. En faveur de la territorialisation : « l’avenir du management », la responsabilisation des agents sur un territoire et la proximité avec le public. Les moyens font également pencher vers la territorialisation si elle est clairement édictée : lorsqu’un projet est piloté au départ par le conseil général, on note le plus souvent une augmentation des moyens et du nombre d’agents.

Des collègues soulignent que la territorialisation permet une meilleure lisibilité dans l’institution, notamment pour tout ce qui est dynamique transversale, un repositionnement du conseil général par rapport à la BDP, avec un meilleur partage des tâches entre les communes et le département (par exemple, avec une incitation des communes à développer leur propre réseau de lecture publique, la création de médiathèques de pays, l’aboutissement de plans de développement).

Les difficultés proviennent, pour certains, d’un départ trop rapide (la territorialisation « maison », vue par la BDP, telle qu’elle avait été pensée il y a quelques années ne correspond plus aujourd’hui aux communautés de communes ou aux pays). Les changements de partenaires (notamment des élus) posent également problème, car ils nécessitent à chaque fois de nouvelles explications pour poursuivre la territorialisation. Autres problèmes évoqués : la raréfaction des finances publiques, l’écart entre la volonté politique et la contrainte des moyens et la gestion du facteur temps.

Dominique Lahary

Merci Didier pour cet exposé concis. La table ronde va maintenant s’organiser en trois temps : avant, pendant et après la territorialisation. Premier temps : que signifie la territorialisation dans votre département, pour votre conseil général et comment cette idée est-elle née dans votre BDP ?

Annie Dourlent

La territorialisation dans notre département couvre trois aspects :
- une décision de déconcentrer la bibliothèque départementale sur cinq sites de service public ;
- une sectorisation : chaque assistant ou assistant qualifié a un territoire en charge, organisé autour d’EPCI, dont il est le bibliothécaire référent.
- le schéma départemental de la lecture publique, adopté dans une forme définitive en juillet 2007, qui donne comme une des missions principales de la BDP l’incitation à faire travailler ensemble les bibliothèques à l’échelle d’une communauté de communes, qu’elles aient ou non la compétence lecture publique.

Un mois et demi après mon arrivée à la BD, j’ai rédigé un rapport où je constatai, grâce à une étude faite durant l’été, de très fortes inégalités de traitement liées notamment à la force centripète autour de Rennes : si la desserte par bus concernait de manière égalitaire tout le département, les venues en formation, l’emprunt d’expositions, les échanges plus fréquents avec la BDP ne concernaient eux qu’un grand rayon de 30 km autour de Rennes. J’ai alors proposé de réfléchir à des sites multiples sans, à l’époque, dire s’ils seraient déconcentrés, décentralisés, ouverts ou non au public. L’équipe a adhéré au principe. Un audit, réalisé par un laboratoire de géographie, a conduit, en 2002, à la décision de déconcentrer la bibliothèque départementale sur quatre sites. Nous étions alors 22 salariés à la BDP : il était alors impossible d’éclater en quatre sites sans création de postes, sans renforcer les budgets. Nous avons eu la chance de pouvoir construire ce budget juste avant les fortes restrictions budgétaires dans les conseils généraux. Avec un effectif actuel de 41 salariés, nous sommes passés d’un à huit cadres A.

Didier Guilbaud

Il y avait déjà territorialisation, en Indre-et-Loire, avant même la décentralisation puisque dès sa création, en 1946, la BCP était divisée en trois sites (Tours, Loches et Chinon). Au départ, les services aux écoles, le prêt de livres aux bibliothèques, le prêt direct, etc. étaient éclatés entre plusieurs personnes pour une même commune. En 1998, ces activités ont été regroupées sous la responsabilité d’une seule personne par commune. Ensuite – nous avions un effectif d’environ 50 salariés, donc une relative aisance du côté du personnel –, nous avons regroupé les activités d’un secteur géographique donné, confié à un bibliothécaire. Mais nous nous sommes rendus compte que cette sectorisation n’avait pas d’identité politique : nous avons ainsi profité de la création des communauté de communes pour caler notre organisation territoriale sur celles-ci – en Indre-et-Loire cela correspond le plus souvent aux cantons, nous avions donc les mêmes acteurs politiques. De multiples interrogations ont été soulevées par les catégories B sur les conséquences de ces modifications sur le travail du personnel, notamment avec la création des bibliothèques municipales associées et la disparition du bibliobus. Ce mouvement continue actuellement avec la création de deux bibliothèques municipales associées dans trois sites de la BDP et deux nouvelles pour cette année. Dans un rayon de 20 km environ, les bibliothèques peuvent trouver un relais départemental. À la suite des interrogations du personnel, nous avons décidé, avec le directeur général, de faire un audit. Il a permis d’étudier globalement l’état de la politique départementale et a donné lieu à la mise en place d’un plan de développement de la lecture, réaffirmant et confirmant les orientations précédentes de territorialisation et permettant de repositionner le personnel sur ses nouvelles tâches. Le choix retenu est d’abord celui d’une organisation territoriale.

Amandine Jacquet

Un audit, effectué il y a environ trois ans à la BDP, a débouché sur un diagnostic de la lecture publique en Eure-et-Loir avec trois axes (action culturelle/territorialisation/mise en place d’un réseau informatique départemental et d’un portail internet), devenu le schéma de développement de la lecture publique. La territorialisation s’est alors mise en place sans découpage territorial particulier à l’échelon départemental. Le service social avait le sien, le nôtre était différent et certains services ne sont pas du tout territorialisés. Notre découpage respecte avant tout les intercommunalités puis les pays.

Annie Dourlent

Le glissement des bibliothécaires vers un nouveau rôle de bibliothécaire référent est une mutation importante dans le métier. Au départ, leur rôle, à travers les tournées de bibliobus, était surtout centré sur le choix des documents alors que le conseil en développement était fait par le directeur, seul cadre A à l’époque. L’installation de bibliothécaires référents nous a conduits à la mise en place d’un stage « Relations de conseils », accepté par la DRH, en 2006, stage auquel toute l’équipe a participé (10 jours au total). Mais actuellement, dans l’équipe, tous les cadres B ne se sont pas saisis de la même manière de leur rôle de cadre référent.

Dominique Lahary

Comment, dans ces différents types de territorialisation, les services aux bibliothèques sont-ils opérants ? Avec quelle organisation interne ? Quelle gestion des collections ? Avec quels changements de fonds notamment en matière d’organigramme ?

Annie Dourlent

Pour l’organisation des services aux bibliothèques, la grosse différence provient de l’arrêt de la desserte par bibliobus, au fur et à mesure que nous ouvrons des sites plus proches des usagers. L’antenne de Fougères a ouvert sans bibliobus, l’antenne de Bécherel ouvrira en juin 2008 également sans bibliobus et, pour l’antenne de Rennes, toutes les bibliothèques basculeront en accueil sur place en 2008. Un aspect important est à signaler dans les services aux bibliothèques : chaque antenne de la BDIV sera dotée d’une salle de documentation professionnelle, afin d’aller au plus près des usagers, non seulement pour la desserte, mais, surtout, pour l’assistance professionnelle et le conseil. Ainsi, nous avons déjà largement entamé l’organisation des formations sur l’ensemble du territoire. Après le stage de 2006 pour la formation de bibliothécaires référents, il est apparu que nous avions besoin de nous doter d’outils. Sur le mode de « groupes projets », constitués à l’intérieur de la Bibliothèque départementale, des fiches diagnostic type ont été établies : une pour les bibliothèques, une autre pour un secteur, et une troisième pour évaluer les collections d’une bibliothèque. Un outil est actuellement en cours de réalisation, la « malette du référent », véritable kit du bon bibliothécaire référent. Pour la gestion des collections, nous avons choisi de ne pas avoir de budgets répartis par site. Nous avons gardé une politique documentaire et une base bibliographique départementale. Chaque agent de catégorie B est responsable d’un secteur d’acquisition pour l’ensemble du département. Nous avons des réunions d’acquisitions collectives (secteur jeunesse, littérature adultes, documentaires adultes). Chaque cadre A, responsable d’antenne, a une double responsabilité à la fois géographique et transversale sur les collections : la responsable de l’antenne de Rennes est responsable des documentaires adultes, celle de Bécherel des collections jeunesse… L’implication des sites dans l’élaboration de l’offre à leur public se fait en amont par l’élaboration, lors de la répartition budgétaire, de grands secteurs de la documentation en nombre d’exemplaires. Un tableau fixe les objectifs de l’année en nombre d’exemplaires par catégorie et par site. Nous tenons beaucoup au principe de politique documentaire départementale et sommes dans la déconcentration plutôt que dans la décentralisation. Toutes les antennes sont multi supports et ont fait l’objet d’un ajustement collectif pour le nombre de documents prêtés selon le type de bibliothèques, à partir de la typologie créée par l’ADBDP.

Amandine Jacquet

Un groupe de référents se réunit deux fois par mois, depuis deux ans, dans une démarche de création d’outils. En début d’année, chaque référent négocie ses objectifs avec la direction en ce qui concerne le territoire : par exemple, pour un secteur de 12 bibliothèques, nous décidons de la mise en place d’un équipement structurant (un équipement doté de moyens par une collectivité pour un bassin d’habitants donné). Le référent doit soutenir cette commune pour l’aider à gravir des échelons définis (qui commencent par l’aménagement, la signalétique, le tri et qui débouchent sur une réflexion autour des acquisitions, du développement de la collection avec des politiques d’acquisitions complémentaires entre la BDP et la commune en question). Ces étapes franchies, une convention est signée entre le département et la commune et débouche, pour un secteur, sur un contrat d’objectifs lecture (COL) intégrant le contrat départemental de développement intercommunal (CDDI), dispositif de convention avec le département qui va au-delà de la lecture publique et qui est également un mécanisme de subventions. La politique d’acquisitions sera menée en interne, en 2008, avec l’arrivée d’un cadre chargé de projets. Nous avons déjà mis en place une « nouvelle desserte » (mise à disposition par commune de 0,8 livres/habitant, avec un minimum de 1 000 livres déposés, en tenant compte des bassins de population). L’objectif est de vider nos magasins : il y a deux ans nous avions encore 50 % de notre fonds en magasin, actuellement nous n’en avons plus que 35 % et nous visons les 10 %. Pour y arriver, nous avons établis des quotas par type de d’ouvrages et par catégorie de la Dewey.

Didier Guilbaud

Dans le prolongement de l’audit, les deux antennes de Chinon et de Loches ont servi de modèles pour la réorganisation. Nous avons créés quatre territoires de lecture avec au sein de chacun d’eux un personnel globalement composé des catégories B. Ces agents ont été baptisés « animateurs de réseau ». Chaque animateur de réseau a une responsabilité d’accompagnement des bibliothèques sur un réseau intercommunal. Les animateurs de réseau sont regroupés dans de petites équipes, une dizaine de personnes maximum, intitulées « Territoire de lecture » : il y a donc un territoire de lecture à Chinon, un à Loches et deux à Tours qui cohabitent dans le même bâtiment. Cette cohabitation n’est pas sans poser de problèmes : si pour le conseil et le suivi des bibliothèques les attributions sont claires, elles le sont moins pour la gestion des collections. Depuis plusieurs années les budgets sont déjà entièrement décentralisés et nous nous dirigeons vers une décentralisation territoriale sur la base de quatre territoires. La logistique de transport des ouvrages est rattachée à chaque territoire, en aval, et, en amont. une équipe de direction adjointe regroupe toutes les orientations transversales (l’action culturelle, la communication et la formation qui dépendent directement du directeur). L’affirmation de l’organisation par les territoires est atteinte mais la difficulté qui apparaît concerne la gestion des collections. Il existe cependant une unité générale de la politique documentaire au sein de l’équipement (même catalogue, même site web). Le lien entre toutes les équipes d’acquéreurs est effectif par l’inscription de la politique d’acquisitions dans un plan de développement des collections qui n’existait pas auparavant. Des réunions d’équipe de direction (le directeur, son adjointe et les responsables de territoires) permettent d’harmoniser la politique d’acquisition sur l’ensemble du territoire.

Dominique Lahary

Dans le cadre des démarches engagées, quelles sont vos premières observations ? quelles sont les transformations observées au sein de l’équipe et de la hiérarchie ? Comment les bibliothèques ont-elles accueilli ces évolutions ? Quels sont les changements constatés par rapport à l’autorité politique et administrative du conseil général ?

Didier Guilbaud

J’ai deux types d’observations à faire : l’une concerne l’équipe de la BDP, l’autre le réseau. Pour l’équipe, il est clair que chaque animateur de réseau a sa personnalité et sa manière de s’engager dans cette nouvelle politique : il y a évidemment des réticences et des personnes qui n’arrivent pas à imaginer faire autre chose que de la gestion de collections. Nous avons des réseaux moins bien accompagnés que d’autres. Néanmoins, globalement, le personnel s’est plutôt bien emparé de cette proposition d’autant plus qu’elle a fait l’objet de discussions préalables. Comme les bibliothèques sont mieux suivies, avec la mise en place de procédures clairement édictées et d’un organigramme revu avec des fiches de postes liées à ces modifications, chacun doit pouvoir se situer correctement dans l’organigramme et savoir quels sont leurs niveaux de responsabilité et leurs tâches. Le rôle des responsables de territoires, devenus chefs de services, facilite cette organisation et des missions, formellement définies, sur l’ensemble de l’équipe pour la directrice adjointe aident à la mise en place du dispositif et à apaiser les interrogation. Ceux qui s’engagent dans la territorialisation constatent tous que le retour des bibliothèques est plus positif qu’auparavant. Les bibliothèques savent qu’une même personne peut répondre à toutes leurs questions. Du côté de l’autorité politique, une meilleure lisibilité de notre action a été l’occasion d’un débat sur la mise en place d’un plan de développement.

Amandine Jacquet

Je rejoins Didier Guilbaud au sujet des difficultés du départ concernant l’élaboration de nouvelles fiches de poste. Les réticences des référents sont désormais effacées et un retour en arrière ne serait plus envisageable pour eux. Nous pouvons désormais effectuer un diagnostic d’ensemble annuel pour une bibliothèque car un référent connaît toute l’équipe et l’évolution du projet. Les agents sont amenés à développer leur technicité et leur capacité d’impulsion et sont beaucoup plus impliqués dans leur travail. Pour les élus, c’est une prise de conscience politique qui a attiré l’attention sur la BDP et lui a permis d’intégrer les contrats départementaux de développement intercommunal (CDDI). Nous avons fait voter aussi notre schéma de lecture départemental. Pour les villes de plus de 10 000 habitants, nous mettons en place des conventions spécifiques : la ville et son bassin de population, qui ne correspond pas forcément à l’intercommunalité, forment un territoire associé avec lequel on signe un Contrat d’objectif lecture de territoire associé (COLTA) La territorialisation a soutenu l’évolution du cœur de métier : une évolution qui va des collections vers le territoire et le public. Mais ceci s’est fait avec les référents et non avec le reste de l’équipe et nous nous retrouvons, de fait, avec une BDP à deux vitesses. Nous n’avions malheureusement pas envisagé ce problème au départ.

Annie Dourlent

J’évoquerai à nouveau l’organigramme pour pointer l’importance des territoires : quatre antennes existent actuellement, sans centrale, mais avec, à l’antenne de Rennes, des services communs. J’ai fait une guerre acharnée contre le terme de « centrale » car il n’y a pas de sites plus importants que d’autres. Chaque antenne a une responsabilité territoriale : les catégories B, en tant que bibliothécaires référents, jouent un rôle important sur leur territoire, mais, dans notre organigramme, le responsable d’antenne est la personne compétente pour analyser le territoire dans le cadre de la démarche de contrat de territoire avec les différents services du Conseil général. La Bibliothèque départementale analyse le projet présenté par l’EPCI, pose un diagnostic – la BD été reconnue pour la qualité de ses diagnostics territoriaux – et ce sont les responsables d’antennes qui portent, au cœur des territoires, la politique de lecture publique définie au niveau départemental. Les services communs (circuit du document, politique documentaire, plans de formation, outils d’animation) sont un pôle de ressources pour les antennes mais sans cette notion de centrale qui dirigerait les autres antennes. Cette organisation a été mise en place et portée par les élus, qui ont fait le choix d’un modèle d’antennes sans ouverture au public en restant sur les missions strictes du Conseil général, avec la conviction de développer les bibliothèques sur le territoire. Au fur et à mesure de l’arrivée des responsables d’antennes et d’interventions démultipliées, nous avons constaté une explosion de projets sur le département, une remontée du niveau des bibliothèques, la création de certaines d’entre elles. Le responsable d’antenne est également l’interlocuteur des EPCI. Progressivement, deux EPCI ont pris pleinement la compétence lecture publique et quatre ou cinq d’entre eux interviennent sur l’informatisation, l’animation, la mise en réseau des bibliothèques. Notre élu départemental, chargé de la lecture publique, est convaincu qu’il est possible d’inciter les bibliothèques à travailler ensemble, même à défaut de compétence lecture publique, et c’est la mission qu’il nous donne. Les premiers résultats sont extrêmement encourageants du point de vue du territoire avec une amélioration très nette du niveau de l’offre : l’intérêt essentiel de cette organisation étant de ramener les bibliothécaires au plus près de leurs usagers. Nous avons mis en place des réunions de secteurs, encore irrégulières, car il n’y a pas, pour l’instant, dans les fiches de poste l’obligation d’une réunion technique avec chaque bibliothèque au moins une fois par an mais nous y pensons ! L’assistance professionnelle de la BDIV est maintenant reconnue avec un changement positif de son image de marque auprès de nos usagers mais aussi auprès des élus. La déconcentration des services du Conseil général sur les sept pays d’Ille-et-Vilaine conduira à la création de sept agences départementales, qui devraient ouvrir au 1er janvier 2010, avec une déconcentration de l’ensemble des services. Les responsables d’antenne seront alors sous la responsabilité hiérarchique des responsables des agences départementales. Se posera alors la question (et c’est valable pour tous les services du Conseil général) de savoir comment conserver une unité et une cohérence de politique à l’échelon départemental.