La mise en ligne de ressources électroniques payantes

Synthèse de l’atelier assurée par Cloé Hiron-Lafeuille (BDP 82)

Intervenants

Sandrine Roche-Dailly, (BDP 34)
Alain Tachet, (Savoie-Biblio)
Atelier modéré par Alain Duperrier (BDP 33), rapporté par Cloé Hiron-Lafeuille (BDP 82)

 

Les deux expériences présentées par Sandrine Roche-Dailly (BDP de l’Hérault) et Alain Tachet (BDP de Savoie-Haute-Savoie) se sont concrétisées en mai 2008. Nous n’avons donc pour l’instant que 6 mois de recul par rapport à leur mise en œuvre.

Les 2 BDP ont abouti au même raisonnement dans l’objet principal de leur choix : mettre en avant la presse et l’actualité. Cependant, nous avons pu constater que l’étude et la méthode retenues ont été très différentes selon les BDP.

- Y-a-t-il ou non une étude préalable des besoins ?

- La ressource est-elle destinée aux bibliothécaires ou aux usagers ?

- La communication s’est-elle faite en amont ou en aval ?

- Les origines du projet :

Pour l’Hérault, la BDP est dans l’innovation à tout crin. Elle s’est lancée dans ce projet pour expérimenter et mettre en place un futur bâtiment numérique qui rassemblera la BDP et les archives départementales. Ce bâtiment est porté par la volonté politique de mettre en place de nouveaux services.

En Savoie, la BDP s’est appuyée sur des constats. La direction souhaitait dynamiser les 12 bibliothèques de niveau 1 (de son réseau de 400 lieux de lecture) qui ont des lieux multimédia et qui n’empruntent plus de collections à la BDP. L’objectif était de leur présenter une offre différente pour leur permettre d’attirer un nouveau public. Dans les deux BDP, il a été constaté que les bibliothèques rurales manquent d’information d’actualité.

- Étude, choix et relations avec les fournisseurs :

Les 2 BDP ont, au préalable, consulté le site de la Bpi pour connaître les fournisseurs, les contenus et les tarifs pratiqués. Il leur est apparu alors que l’offre tarifaire proposée par Carel était inadaptée aux BDP (car trop onéreuse). Chacune des BDP a donc négocié en direct avec les fournisseurs.

Le budget consacré par les 2 BDP aux nouvelles ressources électroniques était un budget supplémentaire. Pour la première année de fonctionnement, en 2008, l’abonnement de ressources en ligne se montait à 56 000 euros pour l’Hérault et 24 000 euros pour la Savoie.

Le démarrage du service (renseignements, négociation avec les fournisseurs, établissement de scénarii différents) s’est échelonné sur une année. 2 choix différents ont été retenus :

- Savoie-biblio ne s’adresse qu’aux 12 bibliothèques de niveau 1 et de ne propose que de la presse. Elle a choisi l’agrégateur d’abonnements Europresse, pour 32 titres d’actualités (quotidiens, mensuels, presse étrangère). Pour les autres bibliothèques, la BDP a réalisé un site détaillé qui recense toute la presse gratuite en ligne et elle leur offre un abonnement papier sur 5 ans à 5 revues.

- L’Hérault a choisi de s’adresser à l’ensemble des 82 bibliothèques et aux 93 000 usagers du réseau de lecture. Les montants ont donc été négociés pour 93 000 usagers. 10 titres de presse ont été choisis, via Cyberlibris, éditeur de livres électroniques, pour le bouquet Vie Pratique, Planet Nemo, pour les livres ludo-éducatifs, et Europresse.

Dans les deux cas, la procédure fut assez lourde : négociation avec les fournisseurs, établissement d’un cahier des charges, passation d’un marché de prestations de services pour une année.

- Lancement du programme :

Il s’est opéré selon des méthodes très différentes.

- Pour l’Hérault, il n’y a pas eu de communication en amont. Dès que les ressources ont été disponibles, l’annonce a été faite aux bibliothèques par un simple courrier. Puis, le lancement de l’opération s’est tenu dans une médiathèque dynamique avec invitation de la presse et un buzz local. Des particuliers appelaient directement la BDP à la suite des articles parus dans la presse pour recevoir les codes d’accès. Par contre, les bibliothécaires du réseau n’ont pas été formés en amont et seuls les bibliothécaires de la BDP l’ont tous été. C’est à eux, en tant que responsables de secteur, de former les bibliothèques pour lesquelles ils sont correspondants, notamment lors des tournées.

Pour bénéficier du service proposé par la BDP, il faut avoir une adresse IP fixe : ce sont les bibliothèques qui doivent demander cette adresse. L’inscription des lecteurs, appelés les lecteurs nomades, se fait directement auprès de leur bibliothèque et la BDP envoie les codes d’accès et de connexion.

- La Savoie a travaillé, durant une année, en amont avec 11 bibliothèques concernées par le projet. L’appel à candidature pour ces bibliothèques s’est fait selon des critères précis : bibliothèques de niveau 1, point Internet, charte préexistante, un correspondant médiateur. Le pari a été d’impliquer très fortement les bibliothécaires concernés, notamment, par une journée de formation et d’information, des groupes de travail, l’annonce de bilans d’étape.

Les élus des communes dans lesquelles les ressources électroniques seraient implantées ont été informés et la BDP leur a demandé de s’engager, par écrit, à développer les ressources numériques. Un document d’aide à la présentation du projet aux élus a été fourni aux bibliothécaires afin qu’ils aient les bons arguments pour les convaincre. Des modèles d’affiches, de prospectus, un planning de lancement du programme ont été mis à la disposition des bibliothèques. Le lancement de la campagne de communication est réellement parti des bibliothèques.

Avant même de proposer ces l’outils, une réflexion a été menée sur le choix de l’interface. Le problème de l’IP flottante a été pris en compte dès le départ. La BDP a développé avec le service informatique une solution : lorsque la bibliothèque se connecte à l’espace sécurisé du site, un proxy convertit l’IP flottante en une adresse IP fixe qui est la même pour tous les membres du réseau. Cette solution, transparente pour les bibliothécaires, leur évite une démarche technique contraignante.

Un bibliothécaire a été formé dans chaque bibliothèque ainsi que les 7 membres de la BDP qui ont contribué au comité de pilotage.

Dans les deux cas, ces ressources électroniques sont clairement identifiées comme des ressources départementales et ne sont accessibles qu’à partir du site des 2 BDP.

- Bilan et statistiques :

Pour l’Hérault, les élus du conseil général n’attendaient aucun résultat particulier de cette expérimentation. La directrice tablait sur une participation des bibliothèques du réseau et 15 000 utilisateurs. Au bout de 5 mois d’utilisation : plus de la moitié des bibliothèques est connectée (44 sur 82).

Les statistiques sont difficiles à obtenir de la part de Cyberlibris et de Planet Nemo. Europresse annonce, en 5 mois, 883 connexions tout confondu (BDP, réseau, nomades). 98 lecteurs sur 93 000 visés ont fait une demande pour obtenir les codes de connexion.

Pour la Savoie, on constate une moyenne de 65 sessions par mois pour 11 bibliothèques.

L’interprétation des résultats pour ces 2 BDP reste décevante.

Plusieurs pistes ont été évoquées pour essayer d’expliquer ce faible retentissement.

- Défaut de communication : l’Hérault, par exemple, a complété son dispositif par une plaquette de présentation et un bulletin de liaison en septembre en guise de piqûre de rappel ; Savoie-Biblo envisage de faire une communication élargie au département.

- Défaut de médiation : les bibliothécaires du réseau ne sont peut être pas suffisamment formés ou motivés alors que ce sont des ressources qui ont besoin d’être apprivoisées et pour lesquelles l’usager doit être accompagné.

- Choix technique : pour l’Hérault, demander l’adresse IP est peut-être un frein pour certains ; les abonnés nomades ont parfois réagi à cette proposition comme un cadeau de Noël, abandonné au bout d’un mois.

Un point très important a été soulevé : le problème des contenus. Dans les deux cas, il est déploré un manque réel de prise sur ce qui est proposé aux usagers. Il n’y a pas véritablement de stabilité de l’offre. Par exemple, pour Europresse, un des produits d’appel, dans l’Hérault, était de proposer le Midi Libre, quotidien local, en accès archives et consultation du jour. Mais le Midi Libre a fait faux bond à Europresse, alors que l’abonnement faisait partie du bouquet payé.

La consultation de la presse, via ce média, reste encore austère et s’apparente trop à une recherche documentaire et ne semble pas vraiment attirer les usagers.

Les livres pratiques ne touchent pas vraiment leur but. Certes, ils sont sélectionnés et validés mais, par exemple, pour les guides touristiques ce ne sont pas les « grands » guides comme Gallimard ou le Routard. Pour les recettes de cuisine, les usagers ont tellement pris l’habitude de consulter des sites gratuits de cuisine que la présentation d’ouvrages numériques, même en pleine page avec photos, ne les accroche pas vraiment. Seul, Planet Nemo, présenté pour les enfants directement dans les bibliothèques, semble rencontrer un certain succès car « cela ressemble à un très bon cédérom ».

- Faut-il poursuivre ?

Oui, car il s’agit d’expérimentation et comme cela a été relevé au début de ces journées d’étude, « il faut essuyer les plâtres ».

On continue d’autant plus que les budgets, pour la Savoie, ont fait l’objet d’une contractualisation sur 5 ans. Pour l’Hérault, de nouveaux services peuvent être proposés jusqu’en 2011, il faut donc poursuivre les expérimentations.

Il faudra faire évoluer et renégocier les bouquets d’abonnement sans changer de fournisseurs compte tenu des contraintes que cela exigerait. La formation des personnels devra être renforcée.

- Questions et remarques émises lors de l’atelier :

Madame Gonzalès (Bpi) sur Carel et ses finalités : Carel n’est pas un groupement d’achat, il affiche les tarifs et l’offre existante pour freiner le libre prix des fournisseurs. Des fiches seront mises en ligne sur le site mentionnant la fiabilité et les services rendus, notamment les statistiques.

Une autre interrogation soulevée et non résolue a été la désaffection des usagers de la bibliothèque une fois les codes de connexion reçus.

Faut-il proposer ce service aux bibliothèques ou directement aux usagers nomades ?

La BDP de Haute-Garonne a témoigné d’une expérience prudente : le test par 5 bibliothèques de 5 ressources habituellement payantes. Il en ressort que la seule ressource électronique plébiscitée par les bibliothécaires était Electre !

La discussion s’est ensuite attardée sur la proposition de musique et de vidéo en ligne qui répond pour beaucoup à une demande plus insistante des bibliothécaires. Il a bien été pointé que l’intérêt des usagers n’était pas seulement l’écoute, mais aussi la possibilité de télécharger de façon légale, voire subventionnée par les bibliothèques.

- Conclusion :

Proposer des ressources numériques en bibliothèques, c’est :

donner une image positive de départements innovants,

donner un coup de pouce aux bibliothèques multimédia,

aller vers une médiation quasi directe avec les usagers si l’on choisit d’inscrire des usagers nomades,

former de manière accrue les professionnels de la BDP et du réseau,

offrir des ressources chères à des bibliothèques qui n’en ont pas les moyens,

accepter de lâcher prise sur l’offre documentaire que l’on propose,

entendre des réflexions sur le manque de confort et d’ergonomie des supports mis à disposition,

ne pas maîtriser toutes les statistiques,

attendre des collègues une médiation qu’ils ne sont pas forcément capables d’assurer.

Il faut trouver en ce qui concerne ces ressources la bonne formule, la bonne offre, communiquer et motiver les médiateurs.