Ressources musicales dématérialisées

Synthèse de l’atelier assurée par Martine Jan (BDP 77)

Intervenants

Sarita Leclerc et Alexandre Engerbeau (BDP 85)
Maxime Roudil (BM de Gradignan)

Atelier modéré par Hervé Roberti (BDP 80), rapporté par Martine Jan (BDP 77)

 

Les expériences présentées concernent, dans les 2 cas, une proposition d’offre d’écoute musicale sur place, mais avec des contenus et des formes différentes.

- La première expérience nous a été présentée par Sarita Leclerc, responsable des domaines Art, musique et cinéma à la BDP de la Vendée, et Alexandre Engerbeau, responsable multimédia.

La BDP de la Vendée a ouvert, en 1990, deux cédéthèques qui accueillent du public et proposent des bornes d’écoute sur place. Une base de données a été constituée à partir de 15 000 CD enregistrés au format MP3 et mis à la disposition du public avec un module de recherche, développé par les services de la BDP et un informaticien. Ce module permet une recherche par titre de morceaux, par album et par artiste et une recherche thématique. Il est possible d’écouter l’ensemble des fonds musicaux, de connaître la disponibilité du document et de le réserver. La recherche thématique permet de découvrir des genres de musique et des artistes sans avoir à manipuler les CD.

Alexandre Engerbeau a présenté la partie plus technique de ce service en détaillant les différentes étapes, en partant de la dématérialisation [coupure de son, changement de face de la K7] jusqu’au classement des dossiers d’encodage. L’informaticien assure la mise à jour des données. Chaque dossier ainsi constitué est scanné et exporté dans une base SQL pour ensuite être mise à disposition du public. Cette expérience permet une valorisation des fonds. L’intégralité du fonds est disponible et la recherche thématique est facile et très appréciée des usagers (notamment les jeunes qui pratiquent beaucoup l’écoute sur place et qui ont pu ainsi être fidélisés grâce à ce service). Les droits d’écoute sur place ont été payés à la SACEM.  Les inconvénients sont l’absence de liens avec la gestion du catalogue et des problèmes de transfert de fichiers MP3 qui peuvent être rencontrés lors d’une utilisation sur plusieurs sites distincts.

- La seconde expérience nous a été présentée par Maxime Roudil de la médiathèque de Gradignan.

Gradignan est une ville de 23 000 habitants, située près de Bordeaux. La médiathèque a été ouverte au public en 2006 et compte aujourd’hui 7 700 inscrits.

Le projet concernant les ressources musicales dématérialisées s’appelle Automazic. Il est né d’un partenariat entre l’espace multimédia et l’espace musique et d’une rencontre avec l’association Musiques libres de Bordeaux : c’est la rencontre du développement libre en informatique et de la musique libre de droits. Les auteurs et compositeurs ont donné leur accord pour une libre diffusion de leurs œuvres. Ils ont une gestion individuelle de leurs droits sans aucun lien avec la SACEM. Les artistes déplorent, d’une part, leur manque de visibilité dans les surfaces de vente et, d’autre part, la médiathèque se donne pour mission de faire découvrir ces artistes, de favoriser l’accès pour tous aux nouvelles technologies et d’ouvrir le débat en informant largement sur les droits d’auteurs. Deux démarches se rencontrent ainsi pour aboutir à la création du projet Automazic.

La première idée fut de numériser le fonds de CD et des contacts avaient été pris en ce sens avec la société Opsys et la SACEM. Mais comme il s’agissait de copies se posait alors la question de la rémunération des producteurs de CD. L’idée a été abandonnée, la médiathèque ayant pour souci d’être en règle et de respecter le droit d’auteur. Elle se tourne donc vers les labels indépendants en Aquitaine. Ces artistes sont diffusés, via Internet, sur le site Dogmazic et à la médiathèque à partir de la borne d’écoute Automazic, prototype qui fonctionne à partir d’un disque dur avec une forte capacité de mémoire. La recherche se fait sur écran tactile. Une mise à jour quotidienne de la base, via Internet, avec les nouveaux artistes inscrits sur le site est effectuée. Un menu déroulant, sur la borne, permet une recherche par titre, par groupe, par label, de proposer des coups de cœurs et une information sur les concerts à venir.

L’utilisation de cette borne est très simple : elle contient les mêmes informations que sur Internet avec un travail de médiation supplémentaire et une recherche plus agréable. La borne permet d’écouter en direct des morceaux de musique, de créer sa playlist avec ses morceaux préférés, téléchargeables sur une clé USB, un téléphone portable ou que l’on peut graver. Cette offre permet également de suivre l’activité régionale musicale des artistes. On peut cependant déplorer un problème de qualité inégale des morceaux musicaux dû à l’absence de modération sur le site Dogmazic. Aujourd’hui, on compte 3 000 CD (soit environ 30 000 titres) sur cette borne. Pour restreindre les problèmes de qualité, on peut faire une écoute par genre et de créer une playlist, proposée au public de la médiathèque.

Entre fin 2007, date à laquelle la borne a été mise en service, et septembre 2008, 20 000 téléchargements ont été effectués aux heures d’ouverture de la bibliothèque, à partir d’une seule borne mise à la disposition du public.

Il s’agit d’un vrai partenariat avec une association d’artistes. Une réflexion est engagée pour essayer de trouver un moyen de rémunérer ces auteurs : la médiathèque s’engage à acheter les CD qui sont disponibles et à développer des actions innovantes comme, par exemple, permettre à des jeunes musiciens d’enregistrer leurs morceaux sur la borne, au sein de la médiathèque, et d’intégrer, ainsi, ces morceaux de musique sur la base de données.

- Un débat ouvert :

À la suite de la présentation de ces deux expériences, très différentes, l’une permettant la valorisation des fonds acquis par les cédéthèques en Vendée, l’autre, à Gradignan, étant plutôt basée sur la découverte d’artistes du domaine de la musique libre et sur des actions de formation et d’information sur le droit d’auteur, un échange très riche, entre les participants à l’atelier, a soulevé des questions sur des points techniques précis mais a également permis d’évoquer plus largement le problème des droits, de l’avenir des supports et le devenir du rôle des bibliothèques.

Pour ces deux expériences, un important travail de formation, de médiation et de conseil apporte un supplément réel à une simple diffusion de musique.

Face aux usages du public dont la demande et la tendance sont de télécharger massivement, une offre d’écoute guidée à distance, par streaming, peut apparaître judicieuse.

Des questions ont également été posées sur l’offre des fournisseurs de labels : certains collègues imaginent la possibilité de pouvoir acheter des fichiers MP3 avec le droit de les valoriser et de les diffuser sous la forme de fichiers chronodégradables.

Une question a été posée à Maxime Roudil sur la manière dont il envisageait d’aller plus loin dans le domaine du libre. Il a répondu que la médiathèque avait l’intention d’organiser une semaine du libre portant à la fois sur la littérature libre avec des auteurs invités mais également sur l’image et la photographie libres, en fait tout le champ culturel libre. L’absence de solutions proposées par les sociétés qui fournissent des SIGB aux bibliothèques a été soulignée, avec actuellement l’impossibilité de créer des liens entre les bases de données musicales créées et les catalogues afin de permettre une diffusion à distance pour les lecteurs, soit par streaming, soit par téléchargement.

Plus que des problèmes techniques qui pourraient être résolus facilement, les questions concernent surtout les droits d’auteurs. Sur ces questions juridiques, il y a une forte attente des collègues pour que les associations professionnelles, les associations d’élus ou les institutions comme la Direction du livre et de la lecture (DLL) s’emparent de ces questions. Christophe Séné, de la DLL, nous a informé d’un travail en cours avec le CNC sur l’image en bibliothèque et a précisé que la nouvelle organisation, notamment dans la direction 3 « Développement des médias/ Économie du livre », offrait des perspectives intéressantes de rapprochement entre le cinéma, la musique et l’écrit pour une négociation des droits.

Mais nous avons bien conscience que ce sera un travail de longue haleine et que nos actions devront être collectives.

Une attente d’information sur les expériences menées dans le domaine de la dématérialisation des supports a également été exprimée. Une question récurrente pour les BDP : comment faire évoluer nos réseaux ? La BDP travaille-t-elle pour son réseau ou doit-elle proposer un service direct à ses usagers ?

En conclusion, il y a eu beaucoup de questions mais une certitude : l’utilité des bibliothèques est dans la médiation, le conseil, la découverte de nouveaux artistes avec un rôle important à jouer face au flux permanent et énorme d’informations.